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Clément Mancini

Les toiles de Clément Mancini sont des fragments de matière. La lecture n’est pas dans le signe à voir – la forme donnée – mais dans la manifestation des textures. Rêche, dense, déliée, lissée, colorée... La matière libère ses entrailles, de sa fragilité à sa rugosité, à mesure que le geste du peintre affronte avec son outil le coton brut distendu. En travaillant le plâtre à la truelle – en l’étalant, en l’étirant, en le grattant – naissent des stries, des brèches et diverses traces, que d’autres qualifieront d’imperfections, que Clément Mancini, lui, cherche délibérément à révéler. Cette matière-langage, en écho à l’art informel défendu par Michel Tapié, précède le signe-langage en ce que la composition s’épanouit à partir des strates obtenues. L’artiste laisse surgir la forme de la matière où le geste laisse sa trace et établit, ainsi, un rapport d’identification avec elle.

Pour mieux souligner les contrastes et courbes du corps sorti ainsi du tableau, l’artiste puise dans une palette restreinte, oscillant entre couleurs terreuses ou argileuses et tons azurs, voire calcinés. La pellicule d’acrylique déposée épouse sans ensevelir, cette couche superficielle pour laisser surgir des sillons cachés. Comme les rides d’un visage, ces lignes de vie racontent le passage du geste, ce moment où Clément Mancini a acté sans nulle autre intention que celle de provoquer un heureux accident.

A ces stries fines et discrètes s’ajoutent de longues lignes provoquées par le geste spontané du peintre, qui avec son pinceau, marque un trait de couleur ou entaille vivement la matière. Si le résultat traduit une écriture plus ou moins contrôlée, ne dépassant jamais l’espace imposé du support, il invite l’oeil à suivre un chemin traversé par d’innombrables aspérités. Ces grandes lignes sur des petites lignes génèrent une mise en abîme, à l’image de ces cadres réduits figurés dans le cadre-tableau qui apparaissent dans certaines oeuvres de Clément Mancini. Généralement désaxés et décentrés de l’espace de la toile, ces rectangles de la taille ordinaire d’une photo, se composent d’une parcelle de couleur froide contenant de larges lignes bleues ou rouges. Telle une toile dans la toile, ce méta espace questionne des notions propres à la présentation et la représentation, à savoir la présentation – telle quelle – de l’objet matière et de sa représentation qui devient inévitablement figurée, comme lorsqu’une image naît et se fige parce qu’elle a été photographiée.

En ce sens, le travail de Clément Mancini ne peut s’appréhender qu’en s’y affrontant physiquement, en contemplant de près les saillies, les irrégularités et les épaisseurs ; en ressentant la sécheresse, l’éraflure et la griffure ; en aiguisant son regard pour déceler parmi les rides de la matière-langage nos propres histoires.

Anne-Laure Peressin, critique d’art

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