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JULIEN JACA

Artiste peintre né le 24 mars 1985 à Toulouse, Julien JACA vit et travaille à Hossegor sur la côte atlantique sud de la France. En 2012, après quatre années aux Beaux-Arts de Toulouse, il quitte l'école pour se consacrer pleinement à sa jeune carrière de tatoueur international. Au travers de ses nombreux voyages, il se confronte à la physicalité des œuvres traditionnelles et des objets folkloriques - dont il émane, dit-il - une sincérité rare, une force spirituelle et visuelle pure. En 2018, un événement marque définitivement sa vie d’Homme et d’artiste, dont l’impact résonne encore dans l’une de ses premières toiles intitulée THE ONLY PICTURE I WILL EVER HAVE OF YOU. Depuis, JACA se consacre tout entier à l’art et l’expérimentation picturale, amorçant la création ininterrompue d’une centaine de peintures et de dessins.

Brute, intuitive et indisciplinée, la main de JACA ne cherche pas. Dans l’élan cathartique qui lui est propre, faisant fi de toute perfection esthétique, JACA revisite et détourne l’outsider art. En télescopant figures populaires et iconographies naïves de l’art folk, l’artiste se fait fabricant de mythes. Utilisant des archétypes pour leurs symbolismes immédiats, il met en scène des icônes personnelles et familières dans des poses frontales quasi photographiques. Dans ces instantanés figurés, l’artiste y fait virevolter imagerie de la culture US des 70’s, nu féminin, et primitivisme de l’art naïf. S’il s’éloigne de la pratique du tatouage, son incarnation reste omniprésente et le flash se retrouve mis en abyme : pigment de chaire nue, ornement de vases géants ou pictogramme de faïence sur vestes de biker dans la série THE SUN NEVER SET ON ME.

Largement influencé par les artistes afro-américains de la période post-esclavagiste comme Sam Doyle et Williams L. Hawkins, mais aussi par les grands maîtres français comme Henri Matisse et Paul Gauguin, JACA ne peint pas uniquement ce qu’il voit. Il tire un portrait profondément marqué de ses personnalités et de ses objets fétiches pour composer des images iconiques auréolées de backgrounds électriques - ni passées, ni futures.

Dans le grand théâtre de JACA, le Christ devient un millénial en caleçon, la Madone y prend les traits d’une jeune mère tatouée, Mickey Mouse fait des doigts d’honneur sous acide, les Pin-Up se prostituent au rabais et les bikers n’aiment plus l’enfer... En surimpression, le mot-objet calque sa forme laconique sur celle d’une vieille réclame, d’un adage qui fait fonction d’indice, si ce n’est de leurre… Les supports utilisés par l’artiste - toile tendue, bois flotté, cadre de porte et autres objets de récupération portent également les marques de son jeu de détournement.

Sous ses épaisses couches de peinture, la sédimentation propre à la langue inconsciente de JACA pose aussi les enjeux de sa démarche expérimentale et initie le rôle de l’accident dans son œuvre. Imperfections, débordements, parties inachevées, recouvertes mais toujours visibles… Cette approche personnelle du Pentimento se formalise alors qu’il est happé - dit-il encore - par la superposition des deux images, par la vibration que cela offrait et le mystère que cela provoquait dans la narration.

En amorçant cette rhétorique visuelle délibérément explosive, à la fois familière et énigmatique, impertinente et grave, contemporaine et ancestrale, JACA offre au regardeur le choix d’une interprétation aussi protéiforme et affranchie que son œuvre.

Par Timothée Chevalier

© Julien Jaca